Un immigrant écossais à Québec
William Sangster quitte l'Écosse pour Québec en 1782. Par son mariage avec une Canadienne française, il fait entrer sa descendance dans l'Église catholique et la société francophone — un choix qui transforme peu à peu jusqu'à l'orthographe même de son nom, au fil des actes rédigés par des greffiers qui l'entendent sans le lire : Sangster devient Sinxter, puis Syncster, Sancaster et enfin Singcaster.
Les pistes écossaises : Cruden, Aberdeenshire
Les recherches sur les origines écossaises de William Sangster proposent deux pistes généalogiques distinctes à Cruden, dans l'Aberdeenshire, sans qu'aucune ne puisse être confirmée avec certitude. La piste la mieux compatible avec l'âge estimé de l'immigrant (né vers 1753–1758) est la suivante :
- Génération 1 : William Sangster (né v. 1690 à Cruden), marié en 1709 à Margaret Stirling.
- Génération 2 : Thomas Sangster (baptisé décembre 1711 à Auchlonchis, Cruden), marié en 1735 à Isabel Sime.
- Génération 3 : Thomas Sangster (baptisé le 2 mars 1738 à Cruden), marié en 1764 à Helen Norrie.
Ce dernier couple a plusieurs enfants, dont un William Sangster baptisé le 18 juillet 1771 à Cruden — mais cette date pose un problème de cohérence : si l'immigrant avait 24 ans à son mariage à Québec en 1782 (donc né vers 1753‑1758), il ne peut pas s'agir de ce William né en 1771. Il correspondrait plutôt à une branche parallèle, tel un William Sangster né vers 1748, fils de Thomas Sangster et Barbara Short, mentionné dans une autre source généalogique consacrée à la famille en Écosse.
En l'état actuel des recherches, la filiation exacte de William avec l'une de ces branches de Cruden reste donc une hypothèse plutôt qu'une certitude établie.
1782 : l'arrivée à Québec, en pleine guerre d'Indépendance
William Sangster débarque à Québec en 1782. À cette époque, il n'existe pas encore de listes de passagers civiles systématiques : les voyageurs traversent l'Atlantique à bord de navires marchands britanniques ou de navires de la marine royale. Deux hypothèses expliquent son arrivée :
- Le commerce maritime : en 1781‑1782, des navires marchands en provenance de Greenock ou d'Aberdeen ravitaillaient la colonie de Québec ; William aurait pu voyager à bord de l'un de ces vaisseaux, aux côtés d'autres marchands écossais.
- Le transport militaire : de nombreux Écossais d'Aberdeen arrivent à Québec à cette période comme soldats ou artisans civils rattachés à l'armée britannique, venus renforcer la garnison contre une éventuelle invasion américaine.
Dès son arrivée, William s'établit dans la paroisse de Saint‑Vallier (Bellechasse), où il obtient une terre à défricher et à cultiver au sein de cette seigneurie de la Côte‑du‑Sud.
Mariage avec Marie-Thérèse Corriveau (1782)
Le 5 février 1782, William Sangster épouse Marie‑Thérèse Corriveau, âgée de 20 ans, fille de Jacques Corriveau et Louise‑Jeanne Dupéré. L'acte précise que William, alors âgé de 24 ans, est né le 28 mars 1753 dans la paroisse de Saint‑Vallier.
Bien que cette union soit souvent associée à la cathédrale anglicane Holy Trinity de Québec, l'acte officiel provient en réalité de la Québec Metropolitan Church (registres Drouin, image 393) : la cathédrale actuelle n'existait pas encore à cette date. La cérémonie est célébrée par licence par le révérend David Francis De Montmollin, recteur, en présence des témoins James Brown et Ronald McDonell.
Le couple a deux enfants connus :
- Marie‑Marguerite Sangster (n. 14 décembre 1783 à Sainte‑Anne‑de‑la‑Pocatière).
- Jean‑Alexis Sangster (n. 18 juin 1785 à Saint‑Étienne‑de‑Beaumont), qui épousera Pélagie Piché en 1805 et dont descend toute la lignée québécoise (Synester, Sinxter, Sancaster, Singcaster).
En acceptant de faire baptiser ses enfants dans l'Église catholique locale, William assure la francisation complète de sa descendance. Après le décès de Marie‑Thérèse, il se remarie en 1791 avec Letitia Baker, consolidant cette fois ses liens avec la communauté anglophone grandissante de Québec.
Plus tard, la famille se déplace vers le nord de la ville de Québec ; les archives suggèrent un enterrement probable de William au cimetière historique Saint James Anglican Cemetery, à Lac‑Beauport — un lieu de concession alors important pour les colons et militaires britanniques établis hors des remparts de la ville.
Une transformation phonétique du nom, génération après génération
Porté par des greffiers francophones qui transcrivent le nom à l'oreille, « Sangster » se déforme peu à peu au fil des actes :
Jean-Alexis Sangster (Synester) et Pélagie Piché
Né le 18 juin 1785 à Saint‑Étienne‑de‑Beaumont, Jean‑Alexis Sangster épouse Pélagie Piché (Picher) le 23 avril 1805 à Cap‑Santé (Neuville), comté de Portneuf. Le couple a onze enfants, parmi lesquels :
- Ursule, Louise, Cécile, David, Étienne, Marie, Rosalie, Joseph, Flavie et Georges Syncster ;
- Alexis Syncster (n. 8 mai 1816), qui épouse Adélaïde Germain et poursuit la lignée.
Alexis Sinxter (Syncster) et Adélaïde Germain
Fils d'Alexis Syncster et de Pélagie Piché, Alexis Sinxter se marie le 2 octobre 1838 à Sainte‑Anne‑de‑la‑Pérade. Du couple naissent plusieurs enfants, dont :
- Adélaïde, Célina (mariée à Jean Paquin), Élise, Jean‑Baptiste et Honoré Syncster ;
- Joseph Sancaster (n. 24 juillet 1861 à Trois‑Rivières), qui épouse Élise Roy dite Chatellereault et poursuit la lignée.
Joseph Sancaster et Élise Roy dite Chatellereault
Né le 24 juillet 1861 à Trois‑Rivières et décédé en 1943, Joseph Sancaster épouse le 11 septembre 1882, à Sainte‑Anne‑de‑la‑Pérade, Élise Roy dite Chatellereault (née le 12 juin 1865, veuve en premières noces de Théophile Carpentier, fille de Louis Roy dit Chatellereault et Marguerite Demers). Le couple a huit enfants :
- Théophile Singcaster (n. 1883), Marie‑Louise, Rose‑Anne (Alma), Rosario, Cécile et Yvonne Singcaster ;
- Arthur Singcaster (n. 17 juin 1885 à Sainte‑Anne‑de‑la‑Pérade), entré au monastère des Ursulines de Trois‑Rivières en 1908, qui poursuit néanmoins la lignée familiale (voir Section 8).
Arthur Singcaster et Simone Singcaster
Arthur Singcaster, né le 17 juin 1885 à Sainte‑Anne‑de‑la‑Pérade et décédé en 1976 à Montréal, épouse le 20 mai 1907 à Trois‑Rivières Marie‑Louise‑Rose‑Blanche Manseau. Le couple a six enfants, dont Henri‑Paul, Yvette, Marcelle, Laurier, Dominique et Simone Singcaster.
Née le 30 août 1910 à Trois‑Rivières et décédée le 10 juillet 1953 dans la même ville, Simone Singcaster épouse le 11 septembre 1937, en la paroisse Saint‑Sacrement de Trois‑Rivières, Alphonse Gaudet. Trois enfants naissent de cette union :
- Marie‑Marguerite‑Micheline Gaudet (n. et d. en mai 1940, à quelques jours de naissance).
- Madeleine Gaudet (n. 1er août 1942 à Trois‑Rivières), conjointe de Paul Heynemand — la branche qui rejoint la famille Heynemand et, par elle, la famille Vallerand.
- Jacques Gaudet (n. 21 novembre 1945), époux de Ginette Roussy.
Sources
- Catalogue des immigrants catholiques des Îles britanniques avant 1825 — Normand Robert et Michel Thibault, Société de recherche historique archivo-histo, Montréal, 1988, p. 35.
- Registres Drouin — Québec (Anglican), Metropolitan Church, 1768‑1794, image 393.
- Répertoire alphabétique des mariages des Canadiens‑français de 1760 à 1935, Drouin.
- Recensement du Canada, 1901, Trois‑Rivières.
- Sangster Genealogy of Aberdeen, Scotland — recherche de Gerard Lemmens (2006), à partir des registres LDS et des archives de Lorraine MacKenzie et du Pr Anna M. Macleod.
- Descendants of William Sangster — Family Tree Maker (Hamish Charles Davidson-Wellington).
- Arbre Geneanet de Philippe Sébastien, fiche William (Guillaume) Sangster : gw.geneanet.org/philsebastien