Le fondateur rémois de la lignée
Fils de Jacques du Chastel, Jean-Baptiste naît en 1670. Il est le premier ancêtre connu de cette lignée bourgeoise à s'installer durablement à Reims, où il fait le commerce comme marchand. C'est lui qui implante sa famille dans la cité rémoise et amorce l'ascension sociale qui mènera son petit-fils, Jean-Baptiste Duchastel de Montflambert, jusqu'à l'anoblissement sous Louis XVI.
Le 16 février 1692, à la paroisse Saint-Étienne de Reims, il épouse Marguerite Plantin, fille de Pierre Plantin et de Nicole Vincenot — un couple marié à Reims en 1665. Le mariage scelle une alliance entre deux familles de la bourgeoisie marchande rémoise : les Du Chastel et les artisans-négociants du clan Plantin, respectés dans le commerce textile d'élite de la ville.
Sa mort survient subitement le 12 mai 1702, à l'âge de 32 ans seulement. Cette disparition précoce laisse sa veuve, Marguerite Plantin, seule à la tête d'une famille de jeunes enfants — elle ne se remariera pas, et gérera le patrimoine familial pendant plus de cinquante ans.
Le mariage avec Marguerite Plantin
Le couple se marie le 16 février 1692 à Reims, Saint-Étienne. Marguerite Plantin, née le 22 avril 1674, était visiblement plus jeune que son mari. En l'épousant, Jean-Baptiste n'acquiert pas seulement une femme : il achète en quelque sorte son « droit de cité » spirituel et commercial, obtenant par elle l'accès aux cercles de confiance des marchands rémois — indispensables pour trouver crédits, fournisseurs et débouchés sur les marchés locaux.
Le clan Plantin, famille respectée dans l'artisanat textile d'élite à Reims, transmet à la fratrie Duchastel le sens des affaires et une éducation chrétienne stricte. C'est le soutien des frères et cousins Plantin qui permettra d'éviter la ruine après la mort prématurée de Jean-Baptiste.
Après la mort de Jean-Baptiste en 1702, Marguerite ne se remarie pas. Elle survit à son mari pendant plus de cinquante ans et s'éteint à Reims le 8 juillet 1754, après avoir vu ses enfants et petits-enfants s'élever dans la société rémoise. Documents généalogiques — Société généalogique canadienne-française
Le crash de 1702 et la solidarité du clan Plantin
Le destin de cette alliance bascule le 12 mai 1702. Marguerite Plantin se retrouve veuve, avec de très jeunes enfants sur les bras — dont Jacques, né en 1700, et Jean-Baptiste, le futur connétable, né en 1696. À cette époque, le veuvage précoce pouvait mener une famille marchande à la ruine complète si les créanciers réclamaient l'argent des marchandises.
Marguerite refuse de se remarier et gère d'une main de fer le patrimoine laissé par son mari pendant plus de cinquante ans, jusqu'à sa mort en 1754. Elle y parvient grâce au soutien du clan Plantin — ses frères, oncles et cousins — qui l'aident à maintenir à flot le commerce familial et à éduquer les enfants.
Sous l'Ancien Régime, la coutume voulait que la famille maternelle se réunisse en « conseil de famille » devant le lieutenant de justice de Reims : les oncles Plantin sont alors nommés tuteurs ou subrogés tuteurs des mineurs, veillant à ce que les droits des enfants Duchastel soient respectés face aux créanciers, et signant les contrats d'apprentissage des garçons à l'adolescence.
La descendance et l'ascension sociale
Malgré une union courte, le couple a neuf enfants, dont trois fils se démarquent particulièrement dans les archives rémoises.
Fils aînéJean-Baptiste Duchastel (1696–1763)›
Né le 11 avril 1696 à Reims, Saint-Étienne; décédé le 29 janvier 1763 à Reims, Saint-Timothée (à l'âge de 66 ans). Marié le 28 février 1718, Reims, Saint-Étienne, avec Barbe Miteau (3 juillet 1697 – 5 décembre 1772). Devient un notable important en tant que Connétable de la Milice Bourgeoise de Reims — une charge honorifique de la garde urbaine bourgeoise, très recherchée pour ses exemptions fiscales.
Second filsPierre Duchastel (1697–1753)›
Né le 1er avril 1697, Reims, Saint-Étienne; décédé le 24 septembre 1753 à Châlons-sur-Marne (à l'âge de 56 ans). Marié le 23 janvier 1720, Reims, Saint-Étienne, avec Antoinette Miteau (née vers 1699, décédée le 8 mai 1758). Entre dans les ordres et devient chanoine de la cathédrale Saint-Étienne de Châlons-sur-Marne, où il est inhumé dans la nef le 24 septembre 1753 — privilège d'élite réservé au haut clergé. Les dalles funéraires de la nef furent martelées lors des profanations révolutionnaires de 1793, effaçant sa tombe physique, bien que l'acte capitulaire en confirme l'emplacement initial.
Troisième filsJacques Duchastel (1700–1740)›
Né le 17 octobre 1700, Reims, Saint-Étienne; décédé le 28 novembre 1740 à Reims, Saint-Étienne (à l'âge de 40 ans), marchand et fabricant de textile et de vin. Marié le 10 février 1722, Reims, Saint-Étienne, avec Marie-Jeanne Miteau (14 janvier 1703 – 19 février 1751, inhumée le 21 février 1751). C'est l'ancêtre direct qui permettra plus tard à son propre fils, Jean-Baptiste Duchastel de Montflambert, de devenir secrétaire du Roi et baron de Montflambert. Sa notice complète ›
Les six autres enfants du couple :
Le rôle de « Connétable » de la Milice Bourgeoise
Le titre de Connétable de Reims, porté par le fils aîné Jean-Baptiste Duchastel (l'époux de Barbe Miteau), ne relève pas de l'armée royale mais de la Milice Bourgeoise de Reims — une institution municipale gérée par le Conseil des Échevins, garde urbaine bénévole et citoyenne réservée à l'élite et aux chefs de famille de la bourgeoisie locale.
Au XVIIIe siècle, la sécurité de Reims n'est pas assurée par une police d'État mais par les bourgeois eux-mêmes, organisés en compagnies de quartier. Être connétable signifiait diriger une compagnie d'habitants armés chargée du guet, de la police des marchés et du maintien de l'ordre lors des grands événements — notamment la préparation des sacres royaux. C'était une charge très recherchée par la haute bourgeoisie marchande, car elle offrait d'importantes exemptions fiscales, notamment sur la taille et le logement des gens de guerre.
Pour s'exercer au maniement des armes, la haute bourgeoisie rémoise se regroupait au sein des Compagnies privilégiées — l'Arc, l'Arbalète et l'Arquebuse, dites les « nobles jeux ». Les Duchastel et les Miteau, en tant que grands marchands rémois, fréquentaient obligatoirement ces cercles de sociabilité très fermés où se nouaient les alliances de pouvoir et les mariages.
Les liens avec Saint Jean-Baptiste de La Salle
La famille Duchastel-Plantin croise deux fois l'histoire de la congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes, fondée par Saint Jean-Baptiste de La Salle à Reims. Le 18 juin 1701, Jean-Baptiste Duchastel et Marguerite Plantin ratifient, comme voisins et créanciers de rentes, la vente d'une maison de la rue de Contray, dans la « Cour-du-Leu », aux sieurs Pepin et de La Salle. C'est dans cette maison que naît la toute première école gratuite pour les pauvres de Saint Jean-Baptiste de La Salle.
En signant cet acte, le marchand Jean-Baptiste Duchastel et son épouse valident officiellement la vente et renoncent à leur « droit de retrait » — le droit d'acheter la maison à la place des Frères en tant que voisins prioritaires. En échange, le contrat garantit que les rentes dues aux Duchastel continueront d'être payées par la communauté de La Salle.
Plus de cinquante ans plus tard, le 26 janvier 1754 — quelques mois avant sa mort — la veuve Marguerite Plantin signe une nouvelle quittance notariée avec cette même communauté, preuve que la famille disposait de capitaux placés sous forme de rentes constituées auprès des congrégations religieuses de la ville.
Ratification le 18 juin 1701 à Reims par Jean-Baptiste Duchastel, marchand, et Margueritte Plantin, sa femme, aux sieurs Pepin et de La Salle, du contrat de vente de la maison rue de Contray, dans la Cour-du-Leu. Cahiers Lasalliens, tome 36
Géographie intime des Duchastel
La famille se déplace dans la ville au rythme de sa réussite sociale. La rue de Contray — aujourd'hui intégrée à la rue Gambetta — est le quartier des marchands textiles où vivait la fratrie au début du XVIIIe siècle. C'était un quartier rattaché à la paroisse Saint-Étienne, où la majorité des neuf enfants ont reçu le baptême.
En tant que membres de la milice bourgeoise, les Duchastel de cette rue devaient sécuriser et verrouiller chaque soir deux portes fortifiées : la Porte Dieu-Lumière, contrôlant l'accès vers Épernay, Châlons et la Bourgogne, et la Porte Fléchambault, près de l'abbaye Saint-Remi, où ils patrouillaient contre la contrebande nocturne.
Pour leurs affaires, les frères Jacques et Pierre fréquentaient quotidiennement la Place des Marchés — l'actuelle Place Royale, cœur du négoce et siège de la juridiction consulaire. La paroisse Saint-Symphorien, toute proche, accueille plusieurs mariages de l'alliance avec les Miteau. Enfin, la paroisse Saint-Hilaire, à l'ouest de la ville, marque le tournant social suivant : celui vers lequel migre la famille à mesure de son ascension, notamment pour le futur premier baron de Montflambert.
Sources
- Documents généalogiques compilés par la Société généalogique canadienne-française.
- Relevé généalogique Geneanet — arbre philsebastien_w, avec actes des Archives départementales de la Marne (naissances, mariage, décès).
- Cahiers Lasalliens, tome 36, vol. 2 — acte de ratification du 18 juin 1701 et quittance du 26 janvier 1754 (Cour-du-Leu, rue de Contray).
- Archives de la Marne — actes d'union (12 mai 1702) et de décès de Jean-Baptiste Du Chastel.